
Combien de pays dans le monde en 2024 ?
C’était un soir de 1945, à San Francisco. Des diplomates épuisés, stylo en main, signaient la Charte des Nations unies. Cinquante et un pays fondateurs, une belle ambition de paix. Aujourd’hui, le nombre de pays dans le monde a presque quadruplé — et compter ces pays, croyez-le ou non, reste encore un exercice qui donne des maux de tête aux meilleurs juristes internationaux.
La réponse simple, c’est 193. Mais la réponse vraie, c’est : ça dépend. Et c’est là que ça devient vraiment intéressant.
Quel est le chiffre officiel de l’ONU pour le nombre de pays ?
L’ONU fait office d’arbitre planétaire en la matière. Elle reconnaît aujourd’hui 193 États membres à part entière, chacun avec son siège à l’Assemblée générale, chacun ayant signé la Charte des Nations unies, chacun acceptant les règles du jeu diplomatique mondial.
Ce chiffre de 193 s’est figé en 2011, quand le Soudan du Sud a arraché son indépendance après des décennies de guerre civile et a rejoint le club. Avant lui, on en comptait 192. C’est le dernier pays à avoir franchi la porte, pour l’instant.
Mais l’ONU ménage aussi deux places un peu particulières : les observateurs permanents. Le Vatican, officiellement l’État de la Cité du Vatican, minuscule enclave de 44 hectares au cœur de Rome. Et la Palestine. Ni l’un ni l’autre ne sont des États membres à part entière, mais tous deux ont leur mot à dire dans les couloirs de l’institution. Leur existence même résume, mieux que n’importe quel traité, la complexité géopolitique du monde contemporain.
Pourquoi le nombre de pays varie selon les sources ?
Posez la question à dix organisations différentes, vous obtiendrez dix réponses légèrement différentes. Certaines sources annoncent 195 pays, d’autres 197, quelques-unes même 206. Comment est-ce possible quand on parle de la même planète ?
Tout est dans la méthode. Si on ajoute les deux observateurs permanents, Vatican et Palestine, aux 193 membres de l’ONU, on arrive à 195 pays dans le monde. C’est le chiffre que beaucoup de géographes et d’encyclopédies retiennent. Mais la Banque mondiale, l’OMC ou le Comité International Olympique utilisent leurs propres critères d’adhésion, avec leurs propres listes.
Le CIO reconnaît 206 comités nationaux olympiques, dont certains ne correspondent à aucun État souverain au sens juridique du terme. C’est pourquoi les Jeux olympiques ressemblent parfois à une carte du monde légèrement différente de celle accrochée dans les salles de classe.
Il y a aussi des zones grises qui valent le détour. La Suisse, championne mondiale de la neutralité, n’a rejoint l’ONU qu’en 2002. Pendant cinquante ans, elle était souveraine, reconnue, mais officiellement absente du club. La Corée du Nord et la Corée du Sud, de leur côté, sont deux membres distincts de l’ONU : deux États, une seule péninsule, une frontière parmi les plus militarisées du monde.

Les territoires : au-delà du nombre de pays officiel
C’est ici que le nombre de pays dans le monde commence vraiment à se dérober sous nos pieds, comme une carte dessinée à la craie sous la pluie.
Au-delà des États membres reconnus, la planète est parsemée de dizaines de territoires non indépendants. La Guadeloupe, la Réunion, Mayotte : collectivités françaises à part entière, avec des habitants qui votent à l’Élysée mais vivent à des milliers de kilomètres de Paris. Puerto Rico, île américaine de 3,2 millions d’habitants, participe aux Jeux olympiques sous son propre drapeau mais n’a pas de représentant avec droit de vote au Congrès américain. Le paradoxe est beau.
L’ONU liste officiellement 17 territoires non autonomes selon sa définition stricte : Gibraltar, les Malouines, la Nouvelle-Calédonie, les îles Vierges américaines, entre autres. Ces territoires ne sont pas des pays au sens juridique, mais certains ont une population, une économie, une identité culturelle puissante et, parfois, une envie d’indépendance qui ne demande qu’à s’exprimer.
La Nouvelle-Calédonie illustre parfaitement cette tension. Trois référendums sur son indépendance, en 2018, 2020 et 2021. Trois fois, les habitants ont choisi de rester français. Mais le débat n’est pas clos, loin de là. Ces territoires pourraient un jour gonfler le nombre de pays dans le monde, ou rester dans un entre-deux institutionnel pour des générations encore.
Les cas litigieux qui compliquent le nombre de pays
Parlons maintenant des vrais casse-têtes diplomatiques. Ce sont des entités qui ont tous les attributs d’un pays : un territoire, un gouvernement, un drapeau, parfois une armée. Pourtant, la communauté internationale refuse, en tout ou en partie, de les reconnaître comme tels.
La Palestine est le cas le plus médiatisé. Observatrice permanente à l’ONU depuis 2012, reconnue comme État souverain par plus de 140 pays dans le monde, mais bloquée aux portes de l’adhésion complète. Israël s’y oppose, plusieurs grandes puissances conditionnent leur soutien à un accord de paix préalable. Résultat : un statut suspendu entre deux mondes, depuis des décennies.
Taiwan, de son côté, est peut-être le cas le plus saisissant du droit international contemporain. L’île dispose de sa propre armée, de sa propre monnaie, de ses propres élections démocratiques. Elle commerce avec le monde entier. Pourtant, elle n’est membre d’aucune organisation onusienne, car la Chine la considère comme une province rebelle. La plupart des États entretiennent avec Taiwan des relations officieuses, sans reconnaissance formelle. Un pays qui existe partout sauf sur le papier.
D’autres cas méritent qu’on s’y attarde. Le Kosovo, déclaré indépendant en 2008, est reconnu par une centaine d’États mais pas par la Russie, la Chine ou l’Espagne, qui ont leurs propres raisons de ne pas ouvrir cette boîte de Pandore. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, reconnues par Moscou et quelques alliés, ignorées par le reste du monde. La Somaliland, autoproclamée indépendante depuis 1991, sans aucune reconnaissance internationale malgré une gouvernance jugée plutôt stable par ses voisins.
Or, tous ces territoires posent la même question inconfortable : qu’est-ce qui fait vraiment un pays ? Le droit international répond avec la Convention de Montevideo de 1933 : une population permanente, un territoire défini, un gouvernement effectif, la capacité d’entrer en relations avec d’autres États. Sur le papier, c’est clair. Dans la réalité, c’est une autre histoire.
Le nombre de pays dans le monde : un chiffre qui bouge encore
L’histoire n’est pas terminée. En 1990, l’effondrement du bloc soviétique a libéré d’un coup quinze nouveaux États. La Yougoslavie a accouché dans la douleur de sept pays distincts. Le Soudan s’est scindé en deux en 2011. Chaque génération a vu la carte du monde se redessiner.
Aujourd’hui, plusieurs régions maintiennent des aspirations indépendantistes actives. La Catalogne en Espagne, l’Écosse au Royaume-Uni, la Kanaky en Nouvelle-Calédonie, le Sahara occidental sous administration marocaine. Aucune de ces situations n’est réglée de façon définitive. Le nombre de pays dans le monde pourrait donc changer encore, peut-être bientôt, peut-être dans un siècle.
C’est pourquoi ce chiffre de 193, ou 195, ou 206 selon qui on interroge, est moins une réponse qu’un instantané. Une photo prise à un moment précis d’un sujet qui n’arrête pas de bouger.
Questions fréquentes sur le nombre de pays dans le monde
Combien de pays y a-t-il exactement dans le monde en 2024 ?
L’ONU reconnaît 193 États membres à part entière. En ajoutant les deux observateurs permanents, le Vatican et la Palestine, on arrive à 195. D’autres organisations, comme le Comité International Olympique, travaillent avec 206 entités. Le chiffre varie donc selon le critère retenu : adhésion à l’ONU, reconnaissance diplomatique ou participation à des organisations internationales spécifiques.
Quel est le pays le plus récemment créé dans le monde ?
Le Soudan du Sud est le pays le plus récemment admis à l’ONU. Il a obtenu son indépendance du Soudan le 9 juillet 2011, après un référendum où près de 99 % des votants ont choisi la séparation. Il est devenu le 193e membre de l’ONU le 14 juillet 2011, soit cinq jours après sa déclaration d’indépendance.
Pourquoi Taiwan n’est-il pas reconnu comme un pays par l’ONU ?
Taiwan a été exclu de l’ONU en 1971, quand la résolution 2758 a transféré le siège de la Chine à la République populaire de Chine. Depuis, la Chine considère Taiwan comme une province rebelle et s’oppose à toute reconnaissance internationale de l’île. La grande majorité des États entretiennent des relations commerciales et informelles avec Taiwan, mais évitent la reconnaissance diplomatique officielle pour ne pas froisser Pékin.
Combien de territoires non autonomes l’ONU reconnaît-elle ?
L’ONU liste officiellement 17 territoires non autonomes dans le cadre de son processus de décolonisation. Parmi eux figurent Gibraltar, les Malouines, la Nouvelle-Calédonie, le Sahara occidental ou encore les îles Vierges américaines. Ces territoires ne sont pas des États souverains, mais leur statut fait l’objet d’un suivi onusien car leur population n’a pas encore exercé pleinement son droit à l’autodétermination.
Alors, combien de pays dans le monde ?
193 si on suit l’ONU à la lettre. 195 si on intègre le Vatican et la Palestine. Davantage si on adopte la logique du CIO ou d’autres organisations. Et un nombre impossible à fixer si on prend en compte tous les territoires, toutes les revendications, toutes les zones grises que le droit international laisse dans l’ombre.
La vraie leçon de cet exercice de comptage, c’est peut-être celle-là : une frontière n’est jamais qu’une ligne tracée par des hommes, à un moment précis de l’histoire, dans un rapport de forces donné. Elle peut bouger. Elle a bougé. Elle bougera encore.
Et quelque part, cette incertitude est rassurante. Elle rappelle que le monde n’est pas une carte figée dans un atlas scolaire, mais un organisme vivant, compliqué, plein de contradictions et de tensions créatrices. Le nombre de pays dans le monde est une question de géographie, certes. Mais c’est surtout une question d’histoire en train de s’écrire.

Directeur de publication : Cédric Rouaud, responsable éditorial de CuriositéWeb.com.






