
Histoire Hollywood : comment la Californie devint la capitale mondiale du cinéma
1908. Un type en costume poussiéreux descend d’un train à Los Angeles, regarde autour de lui, voit du soleil, de l’espace, et pas un seul avocat d’Edison à l’horizon. L’histoire Hollywood commence exactement là, avec cette fuite organisée vers le soleil californien, loin des brevets étouffants de la côte Est. Ce n’est pas une légende dorée. C’est une histoire de fugitifs qui ont changé le monde.
Quarante ans après ce premier train, Hollywood capte 90% des revenus cinématographiques de la planète entière. Comment une banlieue poussiéreuse de Los Angeles a-t-elle supplanté New York, Paris et Londres pour devenir le centre de gravité du septième art ? La réponse mêle géographie, technologie, cupidité créative et quelques personnages qui n’auraient pas détonné dans un roman de Fitzgerald.
Fuir Edison : les origines de l’histoire Hollywood
À la fin du XIXe siècle, le cinéma américain vit et respire à New York. Les studios de la côte Est produisent des bobines, les salles s’ouvrent, les foules se pressent. Mais en 1908, Thomas Edison crée la Motion Picture Patents Company et impose des brevets draconiens à toute l’industrie. Les frais de licence deviennent insupportables.
Les producteurs indépendants ont le choix entre payer ou disparaître. Ils choisissent une troisième option : partir.
La Californie est loin. Les avocats d’Edison sont à New York. Et le soleil brille 300 jours par an à Los Angeles. Pour des producteurs qui tournent encore à la lumière naturelle, ce dernier point vaut de l’or. À cela s’ajoutent des paysages d’une variété irréelle : montagnes, déserts, côtes, forêts. Un seul État pour décorer n’importe quel scénario.
De plus, la main-d’œuvre locale est bon marché et ne demande qu’à travailler. Entre 1908 et 1915, plus de cent studios s’installent dans la région de Los Angeles. Ce n’est pas une migration douce, c’est une ruée. Hollywood se transforme en quelques années à peine, de village endormi en capitale industrielle du rêve américain. La vitesse de cette métamorphose reste, encore aujourd’hui, assez stupéfiante.
L’innovation technologique et la transformation du cinéma américain
Le long-métrage de fiction change toutes les règles du jeu. En 1914, Charlie Chaplin tourne ses premiers films à Hollywood pour 150 dollars par semaine. En 1916, il en exige 10 000. Il les obtient. En 1917, son salaire atteint 1,25 million de dollars annuels.
C’est phénoménal pour l’époque, et ça dit tout sur la vitesse à laquelle l’histoire Hollywood s’emballe quand les talents et l’argent se retrouvent dans la même pièce. Car l’argent ne ment pas : il va toujours là où quelqu’un sait quoi en faire.
Puis arrive 1927 et Le Chanteur de jazz. Le cinéma parlant débarque, et c’est une crise existentielle pour toute une industrie. Beaucoup d’acteurs adulés du muet ont des voix qui feraient fuir un chat. On raconte que certaines carrières s’effondrent du jour au lendemain, simplement parce que la magie s’évapore dès qu’ils ouvrent la bouche. C’est cruel, mais c’est Hollywood.
Mais Hollywood ne meurt pas. Hollywood s’adapte. Entre 1927 et 1930, les studios d’enregistrement sonore s’installent massivement en Californie. L’infrastructure suit, les ingénieurs arrivent, et l’hégémonie hollywoodienne sur l’industrie mondiale se consolide au lieu de s’effriter. Cette capacité à absorber les chocs technologiques devient la véritable marque de fabrique de l’histoire Hollywood : chaque innovation trouve son application ici avant partout ailleurs, et l’avantage concurrentiel s’accumule comme des intérêts composés.

L’empire des grands studios hollywoodiens : 1930-1950
Entre 1930 et 1950, le système des studios atteint son apogée et ressemble à une féodalité perfectionnée. Warner Bros., MGM, Paramount, RKO et 20th Century Fox contrôlent 95% de la production cinématographique américaine. Cinq familles, pour ainsi dire, qui se partagent le monde. L’analogie avec la mafia est tentante, et certains historiens du cinéma ne s’en privent pas.
Ces géants mettent en place un modèle d’intégration verticale d’une efficacité redoutable. Ils possèdent les plateaux de tournage, les laboratoires de développement, les salles de cinéma, et surtout les contrats des acteurs. Un acteur signé par MGM ne tourne pour personne d’autre sans autorisation écrite.
Joan Crawford, Greta Garbo, Clark Gable : tous liés par des contrats de sept ans renouvelables. Le star-system est une machine à rêves, certes, mais c’est d’abord une machine à profits. En 1946, le cinéma américain capte 90% des revenus cinématographiques mondiaux. Aucune industrie culturelle avant ni après n’a jamais atteint une telle concentration de pouvoir à l’échelle planétaire.
Même l’Église romaine au Moyen Âge devait composer avec des concurrents. Hollywood, lui, ne composait avec personne.
Les talents qui ont construit l’histoire Hollywood
Aucun studio n’aurait dominé quoi que ce soit sans les gens qui y ont travaillé. Chaplin arrive à Hollywood en 1914 comme acteur comique à 150 dollars la semaine. Deux ans plus tard, il en demande 10 000 et les obtient parce que ses films rapportent des millions à travers le globe. C’est lui qui invente, sans le formuler, la logique du talent comme levier de négociation.
Or, Chaplin n’est pas seul. Derrière lui arrivent des réalisateurs comme D.W. Griffith, qui impose un langage cinématographique entier avec Naissance d’une nation en 1915. Puis Cecil B. DeMille, qui comprend avant tout le monde que le spectacle doit être grand, toujours plus grand, au point de rendre le réel un peu décevant par comparaison.
D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si Hollywood attire aussi les talents européens. Fritz Lang, Billy Wilder, Ernst Lubitsch : ils fuient l’Europe ravagée et apportent avec eux une sophistication narrative que l’industrie américaine absorbe avec appétit. C’est pourquoi le cinéma hollywoodien des années 40 possède cette étrange densité, ce mélange de spectacle populaire et d’ambition artistique qui le rend unique.
La chute du système des studios et la renaissance d’Hollywood
En 1948, tout bascule. La Cour Suprême des États-Unis rend la décision United States v. Paramount Pictures et force les grands studios à vendre leurs salles de cinéma. L’intégration verticale se fracture. Le modèle qui avait dominé le monde pendant vingt ans s’effondre en quelques années.
Mais Hollywood ne meurt pas. Décidément, c’est une habitude.
La télévision débarque dans les foyers américains dans les années 50, et les studios paniquent. Les salles se vident. Les budgets fondent. Pourtant, Hollywood s’adapte encore une fois : il produit pour la télévision, invente le Cinémascope pour offrir ce que le petit écran ne peut pas donner, et laisse émerger une nouvelle génération de cinéastes indépendants qui renouvellent le langage du film.
Les années 70 voient arriver Coppola, Scorsese, Spielberg et Lucas. C’est le Nouvel Hollywood, un mouvement qui réconcilie ambition artistique et succès commercial avec une aisance presque agaçante. Le Parrain, Les Dents de la mer, Star Wars : trois films qui redéfinissent ce que peut être un blockbuster. Et donc, ce que peut être Hollywood.

Questions fréquentes sur l’histoire d’Hollywood
Pourquoi les premiers cinéastes ont-ils choisi Hollywood plutôt qu’une autre ville de Californie ?
Hollywood offrait une combinaison rare : proximité de Los Angeles pour la main-d’œuvre et les infrastructures, ensoleillement exceptionnel toute l’année, et une diversité de paysages accessible en quelques heures de route. De plus, la frontière mexicaine n’était qu’à quelques heures, ce qui permettait de fuir rapidement les huissiers d’Edison en cas de besoin. C’est pragmatique, pas romantique.
Qu’était exactement la Motion Picture Patents Company d’Edison et pourquoi a-t-elle échoué ?
Créée en 1908, la MPPC regroupait Edison et ses alliés pour contrôler l’ensemble de l’industrie cinématographique via des brevets sur les caméras, les pellicules et les projecteurs. Les producteurs indépendants qui refusaient de payer les licences étaient harcelés juridiquement, voire physiquement. Mais le trust fut déclaré illégal par la justice américaine en 1915, et Hollywood, construit précisément pour lui échapper, était déjà trop puissant pour être rattrapé.
Quel impact la décision de la Cour Suprême de 1948 a-t-elle eu sur les grands studios ?
La décision United States v. Paramount Pictures obligea les cinq grands studios à se séparer de leurs réseaux de salles de cinéma, brisant ainsi le modèle d’intégration verticale qui leur permettait de contrôler la production, la distribution et la diffusion. Entre 1948 et 1954, les revenus des studios chutent de près de 25%. Pourtant, cette contrainte forcée les poussa à se réinventer, entre autres en produisant du contenu pour la télévision naissante.
Hollywood domine-t-il encore le cinéma mondial aujourd’hui comme il le faisait en 1946 ?
La domination reste forte mais moins absolue. En 2023, l’industrie cinématographique américaine représente encore environ 30 à 40% des recettes mondiales, mais Bollywood produit plus de films chaque année, et le cinéma coréen ou chinois gagne un poids international croissant. La différence est que Hollywood exporte désormais ses franchises plus que sa culture, ce qui est une stratégie différente, pas nécessairement moins efficace.
Hollywood, une histoire qui n’a pas encore de fin
Ce qui est frappant dans l’histoire Hollywood, c’est moins la grandeur que la résilience. Les brevets d’Edison, l’arrivée du son, la crise des studios, la télévision, le numérique, le streaming : à chaque fois, les observateurs sérieux annoncent la fin. À chaque fois, Hollywood s’adapte, absorbe, et repart.
C’est peut-être parce que Hollywood n’a jamais été vraiment un lieu. C’est une logique. Celle qui consiste à réunir de l’argent, du talent et une histoire à raconter, puis à vendre le résultat au monde entier. Cette logique-là ne se périme pas facilement.
Alors, la prochaine fois que vous regardez un film en streaming depuis votre canapé, sachez que vous participez à une chaîne qui commence en 1908, dans une gare de Los Angeles, avec un homme en costume poussiéreux qui cherchait juste à tourner des films sans payer Edison. Il ne savait pas qu’il fondait un empire. Les meilleurs empires se construisent souvent ainsi.
Directeur de publication : Cédric Rouaud, responsable éditorial de CuriositéWeb.com.






