
Paris Police 1900 est l’une de ces rares séries françaises qui vous colle à la rétine longtemps après le générique de fin. Huit épisodes. Cinquante-deux minutes chacun. Diffusés entre le 8 février et le 1er mars 2021 sur Canal+. Et pourtant, deux ans plus tard, on en parle encore comme d’une référence.
La création de Fabien Nury (déjà auteur de bandes dessinées historiques remarquées comme Il était une fois en France) s’attaque à un Paris que l’Histoire officielle préfère souvent éviter : violent, corrompu, antisémite, fasciné par sa propre modernité. C’est la Belle Époque, mais vue du caniveau.
Paris Police 1900 : de quoi parle vraiment la série ?
L’action démarre en 1899, quelques heures après la mort du président Félix Faure, retrouvé dans des circonstances pour le moins ambiguës en compagnie de Meg Steinheil, une courtisane bien introduite dans les cercles du pouvoir. Ce point de départ n’est pas une invention scénaristique.
C’est du fait divers pur, documenté, historique. Et Paris Police 1900 en fait la porte d’entrée d’une intrigue bien plus large : l’affaire Dreyfus bat son plein, les ligues antisémites tiennent le haut du pavé, et la préfecture de police parisienne vit sous la poigne du préfet Lépine. Dans ce Paris-là, la frontière entre la loi et le crime est mince comme une lame de couteau.
Marc Barbé incarne l’inspecteur Jouin avec une économie de moyens qui impressionne. Evelyne Brochu joue Marguerite Steinheil avec une ambiguïté parfaitement calibrée. Entre eux deux, la série construit une tension qui doit presque tout à l’écriture, pas aux effets spéciaux.
Les personnages historiques réels derrière la fiction
C’est l’un des points forts de Paris Police 1900 : presque tous les personnages ont existé. Félix Faure, décédé le 16 février 1899 à l’Élysée, est une réalité historique. Meg Steinheil aussi, surnommée par la presse la « pompe funèbre » après le scandale. Louis Lépine, préfet de police de 1893 à 1897, puis à nouveau à partir de 1899, a vraiment modernisé la police parisienne avec une brutalité administrative bien documentée.
Alphonse Bertillon, lui, est le père de la police scientifique française. Il a inventé le système d’identification par mensurations corporelles, le « bertillonnage », avant que les empreintes digitales ne prennent le relais. La série lui offre quelques scènes mémorables, entre génie maniaque et rigidité bureaucratique.
Les frères Guérin, qui dirigent la Ligue antisémite de France, apparaissent également. Leur violence, leur réseau, leur impunité temporaire : tout cela est historiquement attesté. Pour aller plus loin sur cette frontière entre histoire et fiction, l’ouvrage de Jean-Marc Berlière sur la police à Paris en 1900 reste la référence académique la plus complète sur le sujet.

La Belle Époque, côté sombre : un contexte historique sous tension
La Belle Époque, c’est une étiquette que les historiens ont collée sur une période avec une certaine ironie rétrospective. Paris se modernise, l’Exposition universelle de 1900 attire des millions de visiteurs, la Tour Eiffel a onze ans. Mais derrière cette façade, la France est déchirée.
L’affaire Dreyfus (1894-1906) divise le pays en deux camps inconciliables. D’un côté les dreyfusards, menés par des figures comme Zola et son célèbre « J’accuse… ! » du 13 janvier 1898. De l’autre, une droite nationaliste et cléricale convaincue de la culpabilité du capitaine. La série plonge dans cette fracture sans chercher à l’adoucir.
La police parisienne de l’époque est elle-même un objet d’étude passionnant. Comme le montre cette analyse approfondie parue dans La Vie des Idées, les agents oscillaient entre répression sociale brutale et une forme inattendue de chronique des bas-fonds urbains. Paris avait absorbé ses communes périphériques, sa population avait explosé, et ses forces de l’ordre tentaient de gérer une ville qui leur échappait partiellement.
Pour en savoir plus sur les grandes tensions qui traversaient cette France-là, notre dossier sur la Première Guerre mondiale et ses origines profondes éclaire bien le contexte dans lequel cette Belle Époque si fragile finit par s’effondrer.
Fabien Nury : un créateur qui sait fouiller les archives
Derrière Paris Police 1900, il y a un auteur dont la méthode est claire : on documente d’abord, on invente ensuite. Fabien Nury ne travaille pas différemment en bande dessinée ou en série. Il part des archives, il identifie les zones d’ombre, et c’est dans ces zones qu’il installe ses personnages fictifs.
Le résultat est une écriture dense, qui n’explique pas, qui ne commente pas. Les dialogues sont secs, les ellipses nombreuses. On pense parfois à Peaky Blinders dans sa façon de traiter la violence historique comme un fait ordinaire, ou à Boardwalk Empire dans sa reconstitution méticuleuse d’une époque gangrenée par la corruption.
La réalisation suit cette logique. La photographie est sombre, les décors saturés de détails d’époque. Paris n’est pas pittoresque ici, il est menaçant. C’est un choix esthétique fort, et il tient sur huit épisodes sans jamais fléchir.
Ce que la critique a dit : entre admiration et quelques réserves
La presse spécialisée a globalement bien accueilli la série, avec quelques nuances. La critique parue sur Avoir-à-Lire pointe un paradoxe intéressant : là où on attendait de la subtilité, la série choisit le glauque, les crimes, le sexe, le chantage. Mais elle le fait avec une écriture très distinguée, ce qui crée un effet de contraste réel.
C’est exactement ça qui rend Paris Police 1900 singulière. Elle n’est pas une reconstitution pédagogique. Ce n’est pas un cours d’histoire en costumes. C’est une fiction noire qui utilise le contexte historique comme carburant, pas comme décor.
Ceux qui attendaient une série confortable sur la Belle Époque ont été déroutés. Les amateurs de polars exigeants ont été conquis. Et c’est souvent bon signe.
Les ressources pour aller plus loin sur l’histoire de la série
La diffusion de la série en 2021 a provoqué un regain d’intérêt notable pour cette période. L’album thématique d’Histoire par l’image propose des analyses documentaires sur les événements et personnages évoqués, de l’affaire Dreyfus aux « bandits en automobile » et à la figure d’Édouard Drumont, chantre de l’antisémitisme fin-de-siècle.
L’ouvrage de Jean-Marc Berlière, historien spécialiste de la police à la Belle Époque et dont les travaux ont directement nourri les auteurs de la série, est aussi une lecture complémentaire sérieuse. Il répond à une question que beaucoup se posent après le visionnage : où s’arrête la réalité et où commence l’invention ?
Et pour ceux que les grandes figures de l’histoire française intriguent, notre article sur Napoléon Ier ou encore sur Jeanne d’Arc offrent des perspectives comparables sur la manière dont la fiction s’empare du passé.
Questions fréquentes
Paris Police 1900 est-elle basée sur des faits réels ?
Oui, en grande partie. La mort du président Félix Faure, l’affaire Dreyfus, les personnages de Meg Steinheil, du préfet Lépine et d’Alphonse Bertillon sont tous historiquement documentés. La série mêle ces éléments réels à des intrigues fictives.
Combien d’épisodes compte Paris Police 1900 ?
La série compte 8 épisodes de 52 minutes chacun, diffusés sur Canal+ entre le 8 février et le 1er mars 2021.
Y a-t-il une suite à Paris Police 1900 ?
Oui. La série a connu une saison 2 intitulée Paris Police 1905, puis une saison 3 baptisée Paris Police 1910, diffusée sur Canal+ en 2026 et centrée sur un scandale criminel réel survenu le 31 mai 1908.
Qui est le créateur de Paris Police 1900 ?
La série est créée par Fabien Nury, également connu pour ses bandes dessinées historiques comme Il était une fois en France. Il s’appuie sur un travail documentaire poussé, notamment les recherches de l’historien Jean-Marc Berlière.

Pourquoi Paris Police 1900 reste une série à voir ou à revoir aujourd’hui
La réponse tient en une phrase : parce qu’elle ne flatte pas son public. À une époque où les séries historiques françaises ont tendance à enrober le passé dans une lumière dorée, Paris Police 1900 choisit la boue, la corruption et les compromis moraux.
Elle documente une France qui se reconnaît trop bien dans ses propres démons. L’antisémitisme d’État, la police comme instrument politique, les scandales étouffés au plus haut niveau : rien de tout cela n’a vraiment vieilli. C’est sans doute pour ça que la série dépasse les 50 000 recherches mensuelles sur Wikipedia, quatre ans après sa diffusion initiale.
Revoir Paris Police 1900 aujourd’hui, c’est regarder 1899 dans un miroir qui reflète beaucoup plus que la Belle Époque.
📚 Sources
Directeur de publication : Cédric Rouaud, responsable éditorial de CuriositéWeb.com.






