
La langue la plus difficile à apprendre n’existe pas en valeur absolue. Elle dépend de vous, de votre langue maternelle, et d’une poignée de variables que la plupart des gens ignorent. Alors avant de pointer du doigt le mandarin ou l’arabe, regardons ce qui se passe vraiment.
Apprendre une langue, c’est un peu comme tenter de résoudre un puzzle dont certaines pièces ressemblent à celles que vous avez déjà, et d’autres non. La distance entre votre langue d’origine et la langue cible est le premier facteur à examiner, et souvent le plus sous-estimé.
Pourquoi certaines langues semblent impossibles à maîtriser ?
La langue la plus difficile à apprendre pour un francophone n’est pas la même que pour un locuteur japonais. C’est le principe de distance linguistique, et il explique une bonne partie des frustrations vécues en classe de langue.
Le français partage avec l’espagnol, l’italien ou le portugais une racine latine commune. Ces langues forment ce que les linguistes appellent la famille romane. Résultat : un francophone qui aborde l’espagnol reconnaît d’emblée des centaines de mots. « Libertad » pour liberté, « ciudad » pour cité… le cerveau trottine plutôt qu’il ne court.
Le japonais, en revanche, impose trois systèmes d’écriture simultanés (hiragana, katakana, kanji), une grammaire construite en sens inverse du français, et des niveaux de politesse grammaticalisés. Ce n’est pas une difficulté subjective, c’est une difficulté structurelle.
Le Foreign Service Institute américain, qui forme les diplomates depuis 1947, a mesuré le temps moyen nécessaire pour atteindre un niveau professionnel en langue étrangère. Ses données sont précises :
- Espagnol, italien, portugais : environ 600 heures d’étude intensive
- Allemand, indonésien : environ 900 heures
- Russe, polonais, thaï : environ 1 100 heures
- Arabe, mandarin, japonais, coréen : 2 200 heures ou plus
Ces chiffres concernent des anglophones. Pour un francophone, les ratios varient légèrement, mais la hiérarchie reste globalement la même.
Quel est le vrai classement difficulté des langues pour un francophone ?
Voici comment se répartissent concrètement les langues selon leur accessibilité pour quelqu’un dont la langue maternelle est le français. Le tableau ci-dessous compare quatre dimensions clés : la proximité grammaticale, le système d’écriture, la phonétique et le temps d’apprentissage estimé.
| Langue | Proximité grammaticale avec le français | Système d’écriture | Phonétique | Heures estimées (niveau B2) |
|---|---|---|---|---|
| Espagnol | Très proche (famille romane) | Alphabet latin | Simple, phonétique régulière | 400 à 500 h |
| Allemand | Modérée (indo-européen) | Alphabet latin | Régulière, quelques sons nouveaux | 700 à 900 h |
| Russe | Faible (slave) | Cyrillique à apprendre | Consonnes complexes, accents | 1 000 à 1 200 h |
| Mandarin | Nulle (sino-tibétain) | Caractères (3 000 minimum) | Langue à tons (4 tons + neutre) | 2 000 à 2 500 h |
L’espagnol est donc la langue facile pour francophone par excellence. Et ce n’est pas qu’une impression : la Conférence de consensus du CNESCO sur l’enseignement des langues, publiée en 2019, confirme que la proximité structurelle entre langues accélère significativement les transferts d’apprentissage.
Le mandarin, lui, cumule tous les facteurs aggravants : aucun alphabet commun, une logique grammaticale radicalement différente, et des tons qui changent le sens d’un mot selon la mélodie utilisée. « Ma » peut signifier mère, chanvre, cheval ou gronder, selon le ton. Vous dites un mot, et pourtant vous en dites quatre.

Comment le cerveau décide-t-il si une langue est difficile ?
La neurologie a quelque chose à dire ici, et c’est plus concret qu’on ne le croit. Des chercheurs de l’Université de Washington ont identifié un gène baptisé COMT dont certaines variantes modifient la structure de la matière blanche du cerveau. Ces variantes génétiques influencent directement les capacités d’apprentissage linguistique, selon une étude publiée dans la revue PNAS en 2016.
Autrement dit, votre difficulté à retenir le subjonctif allemand n’est pas qu’une question de paresse. La génétique joue un rôle, même si elle n’est pas le seul facteur.
Mais il y a une autre variable dont on parle peu : la période sensible. Les neuroscientifiques la définissent comme une fenêtre temporelle pendant laquelle le cerveau absorbe certains apprentissages avec une efficacité particulière. Pour la phonétique d’une langue étrangère, cette fenêtre se referme progressivement après 7 ans. Pour la syntaxe, autour de la puberté.
Cela ne signifie pas qu’un adulte ne peut plus apprendre. Mais il devra fournir un effort conscient là où un enfant de 5 ans enregistre naturellement. La notion de période sensible remplace aujourd’hui celle de « période critique » stricte, précisément parce que l’apprentissage reste possible après, même s’il est moins spontané.
Ce que peu de gens savent
Le gène COMT et la période sensible interagissent de manière sous-estimée : un adulte porteur d’une variante défavorable du gène COMT dans un environnement d’immersion totale peut surpasser un enfant exposé à seulement deux heures hebdomadaires de cours. L’intensité de l’exposition compense en partie ce que la biologie rend plus coûteux. Ce n’est pas le talent qui décide, c’est la dose d’input.
Questions fréquentes
Quelle est la langue la plus difficile à apprendre pour un francophone ?
Le mandarin, le japonais et l’arabe sont généralement les langues les plus difficiles à apprendre pour un francophone. Ils cumulent un système d’écriture entièrement nouveau, une phonétique très éloignée et une grammaire sans points communs avec le français. Le Foreign Service Institute estime qu’il faut plus de 2 000 heures pour atteindre un niveau professionnel en mandarin.
L’espagnol est-il vraiment facile pour un francophone ?
Oui, et c’est mesurable. Espagnol et français partagent une racine latine, un alphabet identique et de nombreuses structures grammaticales proches. Un francophone peut atteindre un niveau B2 en espagnol en 400 à 500 heures, contre plus de 2 000 heures pour le mandarin. C’est la langue romane la plus accessible pour la plupart des apprenants francophones.
L’âge est-il vraiment déterminant pour apprendre une langue étrangère ?
L’âge joue sur la phonétique avant tout. La fenêtre d’acquisition native des sons d’une langue étrangère se referme progressivement dès 7 ans. Mais la grammaire et le vocabulaire s’apprennent efficacement à tout âge, et les adultes ont même un avantage sur la mémorisation consciente de règles complexes. L’immersion totale reste le levier le plus puissant, quel que soit l’âge.
La génétique peut-elle réellement bloquer l’apprentissage d’une langue ?
Non, elle ne bloque pas, mais elle module. Les variants du gène COMT influencent la plasticité de la matière blanche du cerveau, ce qui peut rendre l’apprentissage plus ou moins coûteux en énergie cognitive. C’est un facteur parmi d’autres, largement compensable par la fréquence d’exposition, la méthode utilisée et la motivation.

Quelle langue choisir quand on veut apprendre sans se décourager ?
La langue la plus difficile à apprendre est souvent celle pour laquelle on n’a aucune raison personnelle de progresser. C’est le paradoxe que les chercheurs en didactique des langues observent régulièrement : la motivation est un prédicteur de réussite plus fiable que la proximité linguistique.
Cela dit, pour un francophone qui part de zéro, voici quelques repères concrets :
- Si vous voulez des résultats rapides, visez l’espagnol, l’italien ou le portugais (famille romane, alphabet latin, phonétique régulière).
- Si vous acceptez un investissement moyen, l’allemand ou le néerlandais offrent une logique grammaticale exigeante mais cohérente.
- Si vous visez le mandarin ou l’arabe, prévoyez plusieurs années et une exposition quotidienne, idéalement en immersion.
La comparaison entre langues premières et langues cibles en contexte pédagogique montre aussi que s’appuyer sur sa langue maternelle pour identifier les points de transfert accélère l’apprentissage, au lieu de traiter chaque nouvelle langue comme un territoire vierge.
Si le sujet du nombre de langues existantes vous intrigue, sachez que les linguistes en recensent entre 6 000 et 7 000 dans le monde, dont la moitié n’ont aucune forme écrite. Choisir laquelle apprendre est donc déjà une question en soi.
Et si vous cherchez à optimiser votre méthode plutôt que votre choix de langue, les stratégies pour apprendre une langue rapidement font la différence entre deux ans de cours et six mois d’immersion ciblée.
Le rapport de l’OFAJ sur les contextes d’apprentissage des langues en Europe multilingue le formule très clairement : les défis de l’apprentissage varient autant selon le contexte institutionnel que selon la langue elle-même. Un cours de deux heures par semaine pendant dix ans ne donne pas les mêmes résultats qu’une année à l’étranger.
Point de vue éditorial. On nous demande souvent quelle langue « vaut la peine » d’apprendre. C’est poser la mauvaise question. La vraie question est : pour quelle langue êtes-vous prêt à consacrer deux heures par jour pendant deux ans ? Parce que c’est là que se joue tout, pas dans un classement de difficulté. La hiérarchie des langues « faciles » et « difficiles » est utile pour calibrer ses attentes, pas pour décider à votre place. Nous serions curieux de savoir : quelle langue avez-vous abandonnée, et pour quelle raison précise ? La réponse en dit souvent plus sur la méthode que sur la langue elle-même. — Rédaction CuriositeWeb.
📚 Sources
- confirme que la proximité structurelle entre langues accélère significativement les transferts d’apprentissage
- Ces variantes génétiques influencent directement les capacités d’apprentissage linguistique
- comparaison entre langues premières et langues cibles en contexte pédagogique
- les défis de l’apprentissage varient autant selon le contexte institutionnel que selon la langue elle-même
- Familles de langues
- Langues romanes
- Langue chinoise
- Langue japonaise
- Acquisition du langage
Directeur de publication : Cédric Rouaud, responsable éditorial de CuriositéWeb.com.






